L’écoanxiété : un cadeau ou une malédiction?

Jan 25, 2023

Respirer l’air pur, sentir l’herbe sous ses pieds et admirer la beauté des paysages côtiers sont autant de façons différentes dont on peut apprécier la grandeur de la nature. Ces moments peuvent apporter un sentiment de clarté, de sérénité, de vitalité et de repos, voire un sentiment d’appartenance. On ressent ce lien parce que l’on fait partie de la nature, et non parce que l’on est au-dessus d’elle. La nature prendra soin de nous si l’on prend soin d’elle. 

Toutefois, il peut être difficile de se sentir en symbiose avec la nature pendant la crise climatique. Je vous parlerai donc ici des effets des changements climatiques sur la santé mentale, ainsi que de mon expérience avec ces émotions. 

Parlons des émotions 

Les changements climatiques et leurs effets sont une réalité douloureuse pour de nombreuses personnes. Ils peuvent provoquer un vaste éventail d’émotions, notamment :  

  • de l’anxiété; 
  • de la tristesse; 
  • de la frustration; 
  • de la culpabilité; 
  • du désespoir. 

Dans un contexte environnemental, ces sentiments se traduisent par ce que l’on appelle l’écoanxiété. Une personne est considérée comme écoanxieuse lorsqu’elle éprouve des sentiments négatifs accablants de façon constante ou temporaire en ce qui concerne les changements climatiques et l’état actuel et futur de notre planète. Il s’agit d’un sentiment rationnel à la lumière des faits qui nous poussent à agir. Comme l’anxiété généralisée, l’écoanxiété peut être vécue de différentes façons et provoquer différentes émotions à différents degrés. 

Un phénomène en hausse

Au fur et à mesure que les changements climatiques progressent et que leurs effets deviennent plus visibles, les taux d’écoanxiété augmentent, en particulier chez les jeunes. En effet, l’Université de Bath au Royaume-Uni a réalisé une enquête auprès de 10 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans de différents pays, révélant certains sentiments associés aux changements climatiques. Parmi les répondants et répondantes, 75 % avaient peur de l’avenir et 65 % avaient l’impression que leur gouvernement n’était pas à la hauteur. 

Le bon côté, c’est qu’à mesure que l’écoanxiété gagne du terrain, de nombreux domaines professionnels s’intéressent au phénomène. D’autres recherches sont en cours sur le sujet, et de plus en plus de spécialistes de la santé mentale sont conscients de la situation. En conséquence, ils adaptent leur pratique pour mieux aider leurs clients à surmonter ces sentiments difficiles. Avec ou sans services de soutien, il y a différents moyens de gérer l’écoanxiété. 

Mon expérience de l’écoanxiété

J’ai vécu de l’écoanxiété tout au long de ma vie. Par exemple, je ne voulais pas avoir d’enfants parce que je craignais l’avenir. Cependant, ma relation avec l’écoanxiété s’est intensifiée au cours de mes premières années d’université. En effet, j’ai noué une relation plus profonde et plus spirituelle avec la nature, ce qui a accru mon amour pour notre planète, mais m’a aussi rempli de tristesse et de frustration à l’égard de la crise climatique et de l’inaction de bien des gens. 

L’écoanxiété est un sentiment complexe et diversifié. Si l’écoanxiété peut être vécue différemment d’une personne à une autre, elle peut aussi prendre diverses formes au cours de la vie d’une personne. De mon côté, en songeant aux changements climatiques et à leurs effets, j’ai surtout éprouvé de l’anxiété, de la tristesse, de la culpabilité et de la colère, qui est un outil puissant si elle est bien canalisée. S’ils ne sont pas traités, ces sentiments négatifs peuvent affecter notre bien-être, notre quotidien, nos relations et nos responsabilités. Il est donc important de trouver des façons saines d’y faire face. 

Surmonter l’écoanxiété

Voici trois choses qui m’ont aidé à surmonter mon écoanxiété : 

  • Passer du temps dans la nature; 
  • Trouver une communauté de personnes qui ont les mêmes objectifs que moi; 
  • Agir. 

Passer du temps dans la nature

Passer du temps dans la nature a de nombreux bienfaits pour le bien-être physique, mental et social en général, comme l’amélioration du sommeil et du système immunitaire, la diminution de l’anxiété et l’amélioration de l’humeur, ainsi qu’une hausse d’énergie. En plus des bienfaits pour la santé mentale, passer du temps dans la nature (de préférence à l’extérieur de la ville) nous permet de découvrir la beauté et les trésors cachés de la nature, de nous rappeler à quel point la nature peut être résiliente et de soulager notre écoanxiété. Peu importe où vous choisissez d’aller, que ce soit dans la forêt, au bord de la mer ou dans votre cour, l’important est de sortir et de se rapprocher de la nature. 

Une personne caresse les herbes hautes de la main dans un champ

Mes trois façons préférées de me rapprocher de la nature : 

  • Me promener dans la forêt et faire de la cueillette; 
  • Faire du kayak; 
  • Observer les oiseaux. 

Trouver une communauté qui ont les mêmes objectifs que moi

L’écoanxiété peut être très effrayante, surtout lorsqu’on se sent seul. Il est facile d’être envahi d’un sentiment de tristesse et de désespoir dans une telle situation. Je le dis maintenant et je risque de le répéter : vous n’êtes pas seul. Beaucoup d’autres gens ressentent ce sentiment. Des personnes de tous les âges, de toutes les origines ethniques et de toutes les situations socioéconomiques éprouvent de l’écoanxiété et recherchent des moyens d’y faire face et d’assurer leur bien-être. Trouvez une communauté de personnes aux vues similaires avec qui vous pouvez échanger pensées et sentiments sans jugement; c’est un excellent mécanisme d’adaptation qui vous permet d’être entendu, compris et soutenu. 

Deux étudiantes participant à la Conférence sur le leadership étudiant à Fredericton s’engagent à agir pour le climat ensemble.

J’ai commencé à rencontrer des personnes aux vues similaires dans le cadre de mes études, puis il y a eu un effet boule de neige. Après mon baccalauréat en travail social, j’ai entrepris une maîtrise en études environnementales, j’ai rencontré des personnes qui se souciaient profondément de l’environnement et voulaient du changement. Ce que j’ai le plus aimé, c’est que nous avions tous un parcours différent. Nous avions donc tous des idées et des perspectives différentes, même si nous avions les mêmes valeurs. Cela m’a montré la magie du travail interdisciplinaire. Par la suite, j’ai rencontré un grand nombre de chercheurs, d’écologistes et de professionnels d’organismes à but non lucratif, et je continue à faire du réseautage aujourd’hui. 

Comment trouver ces personnes?

  • Entamez la conversation; cela vous aidera à trouver des personnes aux vues similaires, voire même à éveiller une passion pour l’environnement chez les autres. 
  • Trouvez des groupes et des comités locaux. S’il n’y en a pas, pourquoi ne pas en démarrer un dans votre école ou votre collectivité?  
  • Communiquez avec des défenseurs de l’environnement et des organismes à but non lucratif. Consultez cette liste de groupes environnementaux au Nouveau-Brunswick. 
  • Explorez les ressources et les forums en ligne : Eco-Anxious Stories est un forum créatif en ligne (en anglais) qui fournit un espace sûr aux personnes écoanxieuses pour raconter leur expérience et obtenir de l’information. 

Agir

Lutter contre les changements climatiques ou les injustices climatiques est un excellent moyen de soulager votre écoanxiété, tout en servant la cause et en opérant un réel changement. Vous pouvez agir seul ou en groupe, que ce soit avec des amis, des membres de votre famille, un comité à l’école ou au travail, ou avec un groupe de défense de l’environnement. 

Des élèves plantent des arbres dans le cadre du Projet Gaia.

Voici ce que vous pouvez faire sur le plan individuel :

  • Réduire votre consommation de viande. Vous n’avez pas besoin de devenir végétalien, mais si c’est ce que vous choisissez, c’est super! Si vous mangez de la viande tous les jours, réduire la fréquence à deux ou trois fois par semaine peut vraiment changer la donne. 
  • Trier vos déchets, recycler et réduire le gaspillage. 
  • Acheter local et éthique. L’agriculture et le transport international des marchandises sont les principaux facteurs d’émission de gaz à effet de serre (GES). 
  • Choisir des modes de transport durables, comme la marche, le vélo, le transport en commun et les véhicules électriques. 
  • Investir dans des sources d’énergie renouvelables pour votre maison et votre entreprise. 
  • Faire du bénévolat auprès d’un groupe de défense de l’environnement ou d’un organisme à but non lucratif. 
  • Créer du contenu éducatif pour sensibiliser les gens aux problèmes environnementaux. 

Voici ce que vous pouvez faire sur le plan collectif :

  • Organiser et tenir des événements, tels que des conférences, des tables rondes, des activités de nettoyage communautaire, des activités éducatives familiales, etc. 
  • Manifester pacifiquement. 
  • Lancer une pétition. 
  • Organiser un cercle de partage où les membres peuvent exprimer leur sentiment sans jugement et recevoir le soutien d’autres membres. 
  • Aménager un jardin communautaire ou un espace vert. 

Un groupe de manifestants et manifestantes brandit une banderole sur laquelle il est écrit « sauvons notre planète ».

Kelly, du Projet Gaia, a coordonné son propre rassemblement sur le climat. 

Comme vous pouvez le constater, il y a une foule de façons dont vous pouvez passer à l’action et dissiper tout sentiment d’anxiété, de culpabilité ou de frustration que vous pourriez éprouver. En agissant en groupe, vous vous sentirez peut-être moins seul ou plus optimiste. Peu importe ce que vous choisissez, la clé est de choisir une action pour l’environnement qui vous fait du bien et qui vous emplit de fierté. 

Lorsque j’ai décidé de passer à l’action, j’ai d’abord fait un premier pas en ramassant des déchets pendant mes promenades et en les éliminant correctement. Je me suis aussi mis à recycler. Même s’il s’agissait de petites actions, j’étais fier d’avoir commencé quelque part. Il est important de célébrer les petites victoires. Au fil du temps, j’ai commencé à acheter des produits biologiques et locaux, à réduire ma consommation de viande et à faire du bénévolat auprès d’organismes à but non lucratif. Aujourd’hui, je fais de mon mieux pour éduquer autant de personnes que je le peux sur l’état de notre planète, la justice climatique, les écoémotions et l’importance de se rapprocher de la nature. Je suis conscient qu’il y a encore beaucoup à faire, mais je suis fier d’avoir modifié mon mode de vie pour le bien de notre planète de toutes les personnes qui y vivent.  

L’écoanxiété : une bonne chose?

Tant que la crise climatique ne sera pas résolue, l’écoanxiété perdurera. Cela peut sembler une mauvaise chose, mais une fois que vous aurez appris à vivre avec ces sentiments, vous pourrez les mettre à profit. Par exemple, la colère peut être un outil puissant. Utilisez cette colère pour renforcer vos actions de manière significative! Je ne vous invite pas à recourir à l’agression ni à la violence, mais à canaliser vos sentiments forts et à les utiliser comme motivation pour apporter des changements d’une manière saine, pacifique et socialement juste. 

Maintenant que j’ai appris à gérer mon écoanxiété et qu’elle ne m’affaiblit pas, j’ai appris en quelque sorte à l’apprécier. Je m’explique. En tant que personne écoanxieuse, je veux protéger la Terre et ses ressources, ainsi que lutter pour la justice, l’égalité et le sens de la communauté. J’estime que cela démontre beaucoup de bienveillance et de compassion envers les autres, la Terre et tous ses habitants. 

Points à retenir

  • L’écoanxiété est un sentiment normal et rationnel. 
  • L’écoanxiété peut être vécue de différentes façons et à différents degrés. 
  • Il existe des moyens de gérer votre écoanxiété. 
  • Vous n’êtes pas seul; n’hésitez pas à demander de l’aide et du soutien si vous en avez besoin. 
  • Soyez fier de vous et de vos efforts. 


Références
:

1. Adutt, S. (2022). What is Eco-Anxiety? Young Upstart. https://www.ecoanxiety.com/what-is-eco-anxiety/ 

2.Berman, R. (2021). Eco-anxiety: 75% of Young People Say “the Future is Frightening”.
Medical News Today. https://www.medicalnewstoday.com/articles/eco-anxiety-
75-of-young-people-say-the-future-is-frightening#A-generation-betrayed

3. Eco-Anxious Stories. (2022). Eco-Anxious Stories. https://ecoanxious.ca/

4. Lynch, J., Cain, M., Frame, D. & Pierrehumbert, R. (2021). Agriculture’s Contribution to Climate Change and Role in Mitigation is Distinct from Predominantly Fossil CO2-Emitting Sectors.
Frontiers in Sustainable Food Systems. https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fsufs.2020.518039/full

5. New Brunswick Environmental Network. (2022). Eco-Directory: Search for NBEN member and associate groups. https://db.nben.ca/

6. Oakes, K. (2021). 8 Ways to Connect with Nature in your Everyday Life. Bearfoot Theory. https://bearfoottheory.com/how-to-connect-with-nature/ 

7. Permaculture Research Institute. (n.d.). What is Permaculture? https://www.permaculturenews.org/what-is-permaculture/

8. Statista. (2022). To What Extent are you Worried About Climate Change? https://www.statista.com/statistics/1248741/climate-change-worries-canada/ 

9. Swiner, C. (2021). Health Benefits of Getting Outside. WebMD. https://www.webmd.com/balance/ss/slideshow-health-benefits-nature

10. Wang, S. & Ge, M. (2019). Everything You Need to Know About the Fastest-Growing Source of Global Emissions: Transport. World Resources Institute.
https://www.wri.org/insights/everything-you-need-know-about-fastest-growing-source-global-emissions-transport#:~:text=How%20big%20a%20problem
%20are,emissions%20from%20burning%20fossil%20fuels
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Autrice : Gab Bourque, stagiaire  

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  • Les jeunes d’aujourd’hui sont les dirigeants, les innovateurs, les scientifiques, les entrepreneurs et les décideurs de demain. Le Projet Gaia est un organisme unique qui aide les élèves à comprendre cette menace existentielle et à y réagir, aujourd’hui comme à l’avenir.

    John Reid

    bénévole

  • Les jeunes ont un rôle à jouer dans la protection de notre climat, aujourd’hui et demain, et c’est pourquoi nous sommes heureux d'appuyer le Projet Gaia dans sa mission d'outiller les jeunes.

    Krista Han

    associée directrice - Grant Thornton LLP Nouveau-Brunswick

  • Les programmes du Projet Gaia ont permis d'apporter de réels impacts, non seulement dans la compréhension et la vision qu’ont les élèves du monde qui les entoure et dans leur capacité à aider, mais aussi dans la manière dont l’école est gérée, car nous avons apporté des changements concrets à certaines de nos stratégies et pratiques de consommation d’électricité.

    Brent Rowney

    enseignant à l’école Oromocto High School

  • Merci, j’ai raconté à mes parents ce que nous avons fait en classe et maintenant ils ont envie de faire du recyclage à la maison.

    Olivia

    élève de l’école Parkwood Heights Elementary